Une enquęte européenne conclut qu'Alexeï Navalny a été empoisonné à l'épibatidine, une toxine rare, avant sa mort en février 2024. Cinq gouvernements européens accusent conjointement Moscou d'ętre responsable de ce décès et relancent les interrogations sur l'usage du poison comme arme d'assassinat par les services russes.
La Grande-Bretagne, la Suède, la France, l'Allemagne et les Pays-Bas ont publié samedi un communiqué conjoint qui pointe directement le Kremlin. Les analyses portent sur «des échantillons prélevés sur Alexeï Navalny». L'opposant russe est mort le 16 février 2024 dans la colonie pénitentiaire de Kharp, dans l'Arctique russe, où il purgeait une peine de 19 ans.
Les cinq pays affirment que «seul l'État russe avait les moyens, le mobile et l'opportunité de recourir à cette toxine mortelle» et le tiennent «pour responsable de sa mort». Le Kremlin a rejeté lundi ces accusations qu'il qualifie de «biaisées et dénuées de fondement».
Une toxine issue de grenouilles sud-américaines
L'épibatidine est un neurotoxique puissant que l'on trouve dans la peau de grenouilles venimeuses d'Amérique du Sud. Le docteur Jérôme Langrand, directeur du centre antipoison de Paris, explique son effet: «C'est un neurotoxique puissant, qui d'abord hyperstimule le système nerveux de manière extręmement violente et puis ensuite le bloque. Donc vous allez convulser et ensuite avoir une paralysie, notamment respiratoire».
L'utilisation de cette substance apparaît «un peu troublant» au médecin. Il s'interroge: «On se demande: pourquoi aller chercher ce poison-là ? Si jamais c'était pour dissimuler un empoisonnement, ce n'est pas la meilleure substance. Ou est-ce pour diffuser une atmosphère de peur, renforcer une image de puissance et de dangerosité avec le message +on peut empoisonner partout et avec n'importe quoi ?»
Un opposant déjà visé en 2020
Navalny avait déjà fait l'objet d'une tentative d'assassinat en 2020. Il avait alors été empoisonné au Novitchok, un neurotoxique organophosphoré, dans un avion, via des sous-vętements imprégnés. Le Novitchok n'est fabriqué qu'en Russie.
Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des armes chimiques, juge plausible l'hypothèse de l'empoisonnement à l'épibatidine: «Il faut rester prudent, mais cette hypothèse est d'autant plus plausible que Navalny avait déjà fait l'objet d'une tentative d'assassinat dans un avion avec des sous-vętements imprégnés d'un neurotoxique organophosphoré, le Novitchok, qui n'est fabriqué qu'en Russie». Il précise toutefois: «A ma connaissance, l'épibatidine n'a jamais été utilisée pour des assassinats».
Une méthode caractéristique des services russes
L'empoisonnement s'inscrit dans une longue tradition des services soviétiques puis russes. Andreï Kozovoï, professeur d'histoire russe à l'université de Lille, rappelle les origines: «C'est quelque chose de propre aux services soviétiques. Lénine avait créé dans les années 1920 un laboratoire des poisons, appelé "Kamera" ("la chambre", en russe), le laboratoire X. Ce laboratoire s'est développé considérablement sous Staline, puis sous ses successeurs Khrouchtchev, Brejnev. (...) C'est ce laboratoire qui a produit le Novitchok».
L'historien souligne la systématisation de cette pratique: «Les Russes n'en ont pas l'apanage, mais il y a une dimension de systématisation, avec des moyens considérables mis en place depuis très longtemps, la création du laboratoire des poisons, qui s'est développé sans aucune restriction».
D'autres cas d'empoisonnements présumés jalonnent l'histoire récente. Alexandre Litvinenko, ex-agent du FSB, est mort à Londres en 2006 après avoir ingéré du polonium. Le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a été défiguré par un empoisonnement à la dioxine en 2004. L'agent double Sergueï Skripal a survécu à une tentative d'empoisonnement au Novitchok au Royaume-Uni en 2018.
Une stratégie de terrorisation
Pour Kozovoï, l'usage de substances spécifiques constitue une signature: «c'était une carte de visite». Olivier Lepick analyse cette dimension psychologique: «Le poison est associé dans l'imaginaire collectif et la psychologie à une mort terrible, en souffrance. Il y a dans l'utilisation de substances chimiques ou de poisons une volonté affichée de terrorisation de la cible et, dans le cas de Litvinenko, Skripal ou Navalny, de toute personne ayant des velléités de trahir la mère Russie et de devenir un opposant».
Le chercheur précise l'impact de ces méthodes: «Un neurotoxique, une matière radioactive ou une matière toxique, ça fait beaucoup plus peur que l'explosif ou l'assassinat par balle».
Source : AFP. Note : Cet article a été créé avec l'Intelligence Artificielle (IA).







